Toi, lecteur affamé qui te dit qu'il a enfin un billet à te mettre sous la langue, tu pensais pouvoir avoir en plus la chance d'acheter un peu de laïcité. La Laïcité, tu sais ?, ce truc dont on parlait beaucoup il y a quelques années. Mais ne te fais pas d'illusion, je les dissipe aussitôt. Si la laïcité était à vendre, elle est désormais cédée - à vil prix - contre quelques contrats dans les pays du golfe persique. Eh oui, la laïcité aussi est victime de la crise des subprimes et son cours a fichtrement baissé. Il faut dire aussi que le PDG de la maison mère, qui produit la laïcité depuis 1905, vient récemment de changer. Il veut rénover la gamme de produits et brade les stocks.
Manifestement, Nicolas Sarkozy n'a pas exactement la même conception de la laïcité que moi (que nous ?). Lorsqu'il explique que sa laïcité est positive, qu'elle ne s'est pas du tout construite contre les religions, je me demande si on a les même repères historiques. Pour autant que je sache, lors du vote de la loi de 1905, on n'a pas fait la fête du côté du goupillon. Certes, je n'étais pas né et il faut se méfier de ses historiens gauchisants qui voient le mal partout.
Sans doute la laïcité française, ce n'est pas la guerre contre la religion. Mais c'est tout de même une forme d'hostilité, une façon de les pousser en dehors de la sphère publique pour les ramener dans la sphère privée. C'est fini le temps où l'on invoquait Dieu au Parlement (bon, Christine Boutin n'a été prévenue que tardivement). Aujourd'hui, les religions ne s'expriment plus que sur certains points, de façon sectorielle en quelque sorte (en dernier lieu, par exemple, sur l'amendement ADN et sur l'ouverture des magasins le dimanche) ou alors de façon détournée (il se murmure dans les milieux blogistiques underground que Koztoujours serait une émanation secrète de la conférence épiscopales).
Si aujourd'hui les relations entre la République et les cultes est - heureusement - pacifiée, c'est bien parce que les cultes ont accepté de ne plus se mêler de la sphère politique. On peut très bien écouter poliment, et souvent même avec grand intérêt, ce qu'ont à dire les grandes religions de notre pays. Ce n'est pas pour autant qu'on doit en faire une marchandise d'exportation politique chez les Saoudiens.
A Rome, Nicolas Sarkozy a déclaré : "J'appelle de mes voeux l'avènement d'une laïcité positive, c'est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas les religions comme un danger, mais comme un atout". A partir du moment où l'on considère les religions comme un atout, on ne respecte plus totalement la liberté de ceux qui veulent croire. La religion est probablement un atout pour ceux qui croient. Ce n'est plus un danger pour la République, ce n'est pas pour autant un atout ! Tout ça procède à vrai dire d'une conception très américaine de la laïcité. Mais aux Etats-Unis, les athées sont une minorité et surtout, aucune religion n'est historiquement largement majoritaire. En France, c'est tout le contraire : nous sommes maintenant largement athées et nos racines sont plus que chrétiennes : elles sont catholiques. Et notre histoire récente a consisté à tailler dans les racines.