Le marché de l'art français : mention "peut mieux faire..."

faviconAprès le cri d’alarme de Christian Giacomotto favicon, président du Conseil des ventes volontaires aux enchères publiques favicon, l'autorité de contrôle et de régulation des enchères en France, la presse s’émeut de la médiocre place qu’occupe la France sur le marché de l’art mondial des ventes publiques d’œuvres d’art. Qualifié de « constat inquiétant » favicon par le journal Le Monde, suite au dernier rapport d'activité du Conseil des Ventes, publié par la Documentation française, le marché de l’art français n’est en réalité pas aussi rose qu’il n’y paraît. L’image d’Épinal de « Paris, capitale mondiale de l’Art et de la Culture favicon » n’est plus. Si les productions françaises du XIXet XXème siècle étincelaient par leur intelligence et leur subtilité, soutenues par des marchands visionnaires tels que Vollard, Wildenstein, Durand-Ruel etc..., une écrasante majorité des transactions d’œuvres d’art se fait aujourd’hui en salle des ventes à Londres, Chicago ou New-York, où l’argent coule à flot. La raison ? Les contraintes douanières, fiscales, pratiques sont nettement moindres. Conséquence : quand on vend 100 à Paris, le même objet se revend 1000 à Londres. Si Paris passe pour l’enfant pauvre du marché de l’art mondial, la capitale ne semble pas pour autant pâtir de l’envolée spectaculaire des prix à l’autre bout de la planète…Quid ?

Vous me direz : « Oui, le marché parisien se porte à merveille » : Christie's favicon et Sotheby's favicon enregistrent des hausses de 72 % et contrôlent les ventes de prestige, avec leur petit concurrent Drouot favicon. Mais en réalité, les maisons françaises continuent leur baisse de 5,8 % par rapport au reste du monde. Il existe donc un décalage : si l’on compare la relative bonne santé du marché français d’une part et les excellentes performances des marchés américains et londoniens d’autre part, il y a un vrai gouffre. Ici, l'euphorie laisse vite place à la contre-performance. La France fait office de grenier dans lequel les marchands étrangers viennent ‘chiner’ pour ensuite réaliser des fortunes ailleurs en ventes de gré à gré ou en salle des ventes. Résultat : on ne vend pas - ou plus favicon - en France. Est-ce le reflet de la conjoncture économique? - La situation va se redresser d’elle-même, me direz-vous ? Peut-être, mais cela n’empêchera pas les petits métiers de payer le prix de l’incapacité de notre pays à réformer son marché et de le consolider en le diversifiant afin d’éviter une ‘bipolarisation’ (selon des critères de qualité) au profit des sociétés de ventes. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle menace les marchands, les restaurateurs, les ébénistes qui seront petit à petit happés par les SVV favicon, déjà sur le chemin de la privatisation des galeries et des musées.

Beaucoup évoquent aussi la menace internet avec Ebay, pour ce qui est des ventes en ligne d’œuvres d’art. Mais enfin, pourquoi s’en inquiéter ? Le jour où vous verrez un Matisse ou un Pissaro se vendre sur la toile n’est pas venu car les opérateurs d'enchères électroniques ne sont pas tenus à la traçabilité de l'origine des œuvres, ni de souscrire une assurance, et ne présentent à ce titre aucune garantie sérieuse (propos à relativiser puisqu’en 1996 s’est vendue la première œuvre immatérielle sur internet favicon, ce qui a engendré la création de la première société de vente d’œuvres d’art sur internet nart favicon). Partons du postulat que le marché de l’art repose sur la transparence et la confiance, les sites du type Ebay ne sont, à l’heure actuelle, ni des concurrents sérieux ni des menaces venues de nulle part pour court-circuiter le marché français. Achetez vos croûtes, vos pastiches et vos faux sur internet en quelques clics et pour une poignée d’euros, mais par pitié, ne cédez pas à la psychose !

Nous voyons que le phénomène va irrémédiablement vers l’internationalisation et la spéculation rapide sur les œuvres d’art haut de gamme (à partir d’un million d’euros, elles deviennent de redoutables outils de placement ; les autres – c’est-à-dire 90% - ont un parcours plus classique : elles changent de mains tous les 10 ou 15 ans, se dévaluent peu et gardent une certaine dimension ‘artistique’). Bon gré mal gré nous nous dirigeons vers une segmentation économique et culturelle où l’œuvre de maître perd petit à petit son ‘âme’ d’objet d’art pour être ramenée à une ‘artmarchandise’ tenue en laisse par les ‘majors’ du marché de l’art : les maisons de ventes, qui continuent lentement leur chemin vers la privatisation du marché et des collections. A quand le crash coursier culturel ?